Le rêve de Marc-Aurèle
| Prologue - Le rêve de Marc Aurèle |
À ceci seulement : une pensée conforme à la justice, une activité dévouée au bien commun, un langage tel qu’il ne trompe jamais, une disposition à accueillir tout ce qui nous arrive comme étant nécessaire3
| Prologue - Le rêve de Marc Aurèle |
Marc Aurèle maîtrise parfaitement les deux et s’il édicte en latin tous ses actes de magistrature et de gouvernance, il a écrit les Pensées en grec
| Prologue - Le rêve de Marc Aurèle |
D’ailleurs à Rome, à son époque, deux langues sont couramment utilisées : le grec pour la philosophie et le latin pour la politique et le droit.
| I - L’empereur philosophe |
– L’univers est un grand être vivant où tout est interdépendant ; tout ce qui arrive est nécessaire.
– Le bien et le mal n’existent que dans l’intention morale et non dans les événements extérieurs.
– Ce n’est pas la réalité qui nous rend heureux ou malheureux, mais l’opinion ou la représentation que nous en avons.
– Il faut vivre dans l’instant présent.
– Tout l’objectif de la vie philosophique est de parvenir à l’équanimité, la tranquillité d’âme, la sérénité.
| Chapitre 1 - L’enfance d’un noble patricien |
Tous les témoignages que nous possédons sur Marc Aurèle soulignent sa grande sensibilité et son caractère sentimental
| Chapitre 1 - L’enfance d’un noble patricien |
si la philosophie stoïcienne enseigne le détachement, ce détachement n’est pas synonyme d’indifférence ou d’une absence de sentiment. C’est une acceptation profonde de ce qu’on ne peut changer, des événements du destin, mais qui ne supprime en rien la tristesse que l’on peut ressentir face à un événement douloureux, comme la perte
d’un être aimé.
| Chapitre 3 - Une conversion philosophique |
« Au petit jour, lorsqu’il t’en coûte de t’éveiller, aie cette pensée à ta disposition : c’est pour faire œuvre d’homme que je m’éveille14
| Chapitre 3 - Une conversion philosophique |
On retrouve là trois traits essentiels de la doctrine stoïcienne : ne se laisser guider que par la raison, apprendre à rester serein en toutes circonstances, être maître de ses émotions.
| Chapitre 3 - Une conversion philosophique |
l’empereur puise dans le stoïcisme l’essentiel de son propos, l’auteur souligne encore à juste titre qu’il fait aussi référence à d’autres auteurs, comme Héraclite, Socrate, Platon ou Épicure.
| Chapitre 3 - Une conversion philosophique |
Et surtout à attendre la mort avec une âme sereine, sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant15. »
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Tous ces courants de sagesse font le même constat de la misère et de l’ignorance
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
de l’être humain et proposent des remèdes pour guérir son âme malade. La philosophie a donc une visée essentiellement thérapeutique (comme pour les philosophies orientales, tel le bouddhisme, qui se développe à peu près à la même période). Cependant les diagnostics sur les causes de la misère humaine diffèrent : les cyniques dénoncent les conventions sociales, les sceptiques les opinions erronées, les épicuriens l’attachement aux faux plaisirs et les stoïciens l’influence de l’imaginaire et des représentations qui troublent notre âme. Cette recherche de l’absence de trouble, de la sérénité, de la paix intérieure, quel
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Zénon considère l’univers comme un grand être vivant constitué de deux principes fondamentaux : un principe passif – la matière – et un principe actif : la raison ( logos) divine, que la tradition stoïcienne nommera indifféremment Logos, Dieu ou même Zeus
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Zénon considère aussi qu’existe au sein de l’univers une sympathie universelle (toutes les parties sont reliées au Tout) et un déterminisme cosmique qui impacte la vie humaine sous la forme du destin.
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Nous ne sommes donc pas libres de choisir notre destinée, mais nous restons libres d’y consentir ou pas, d’être heureux ou malheureux, de mal agir ou de bien agir (conformément à la nature).
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Zénon distingue ceux qui sont, somme toute, des « préférables » (la santé, la beauté, le talent, la richesse, etc.), mais qui restent néanmoins des indifférents, car ils n’ont aucune incidence sur notre vie morale : on peut être riche et mal se comporter, comme pauvre et être un sage.
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
le bien et le mal n’existent que dans l’intention morale et que tous les événements extérieurs ne sont que des indifférents : ils ne sont ni des biens ni des maux en soi, et ne nous affectent que si nous le voulons bien
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Avec Sénèque et Épictète, s’ouvre la troisième page du stoïcisme antique, que l’on qualifie de « tardif » ou « impérial », et qui triomphera avec l’avènement à la tête de l’Empire d’un philosophe stoïcien : Marc Aurèle
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Au milieu du IIe siècle avant notre ère, Panétios de Rhodes fonde une école stoïcienne à Rome, ouvrant une nouvelle page de son histoire, que les historiens qualifient de
« moyen stoïcisme ».
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
nous ne voyons la mort que devant nous, alors qu’une grosse partie de la mort est déjà dans notre dos ; tout ce que nous laissons derrière nous de notre existence appartient à la mort. Fais donc, cher Lucilius, comme tu me l’écris : saisis-toi de toutes tes heures.
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Le second grand représentant du stoïcisme impérial, et sans doute le plus important, est un ancien esclave affranchi : Épictète. C’est le philosophe le plus cité par Marc Aurèle et
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
le philosophe constate que nos malheurs viennent bien souvent du fait que nous désirons ou avons en aversion des choses qui ne dépendent pas de nous : nous serons frustrés de ne pas être riches ou célèbres et contrariés d’être en mauvaise santé ou injuriés
| Chapitre 4 - Le stoïcisme : une école de sagesse |
Épictète donne-t-il l’exemple d’un chien attaché par le cou à un chariot tiré par deux bœufs qui représente la puissance du destin. Si le chien résiste chaque fois que le chariot l’entraîne dans une direction qui n’est pas conforme à ses désirs, il parviendra, blessé et épuisé, au terme de son voyage. Mais s’il décide sagement d’adhérer librement à la direction prise par le chariot qu’il ne peut maîtriser, il arrivera à destination en pleine forme.
| Chapitre 5 - Lucius et la guerre d’Orient |
| Chapitre 5 - Lucius et la guerre d’Orient |
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
La législation de Marc est donc avant tout conservatrice avec un souci pragmatique dans son application, une attention scrupuleuse, mêlée à un refus du rigorisme8.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Il entend faire preuve d’humanité, de compréhension, de souplesse dans l’application de la loi. Il lui arrive aussi d’en instaurer de nouvelles, comme celle d’exiger que l’on place des matelas sur le sol dans les spectacles de funambules pour éviter les chutes mortelles.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Ils comparent notre vie à une pièce de théâtre dont nous sommes les acteurs. Nous n’avons pas choisi le rôle que le destin nous a attribué et peu importe que nous soyons homme ou femme, roi ou valet, reine ou servante, esclave ou empereur. La seule chose qui compte, c’est de bien jouer notre rôle et d’y prendre, si possible, du plaisir tout en en procurant au spectateur.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Nul ne dira qu’un acteur est mauvais parce qu’il joue le rôle d’un personnage faible, méchant ou socialement défavorisé
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
La destinée de Marc Aurèle est d’être empereur. Nous avons vu qu’il aurait préféré tenir un autre rôle. Mais dès lors qu’il consent à jouer celui-ci, il n’aura de cesse de s’y investir totalement, donc d’être un bon empereur, qui sert du mieux qu’il peut les intérêts de l’Empire et du bien commun de la société de son temps.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Cette doctrine providentialiste stoïcienne, qui considère que la Raison universelle, le Logos, a tout disposé de la meilleure manière possible pour tous les êtres, a eu historiquement pour conséquence un certain conservatisme social.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Plutôt que de vouloir changer la société, mieux vaut se changer soi-même, puisque le seul mal, c’est le mal moral
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Et mieux vaut changer notre regard, puisque ce qui nous rend heureux ou malheureux, ce ne sont pas les choses en soi, les événements extérieurs, mais les jugements que nous portons sur eux.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
le discours stoïcien a eu peu d’impact social, puisque, dans le même temps, il incite chacun à accepter son sort, celui que le destin lui a assigné.
| Chapitre 6 - Conserver et gouverner |
Aristote, qui considère que l’on est esclave par nature – les stoïciens ont toujours affirmé que la nature humaine était la même pour tous. Tous les êtres humains, quels que soient leur sexe ou leur condition, possèdent le même logos divin. La femme n’est pas, par nature, inférieure à l’homme, ni l’esclave inférieur à son maître. Ils ne le sont que par convention sociale.
| Chapitre 7 - La trahison de Cassius |
pour une épidémie de variole, la première identifiée en Europe. Selon les études historiques, ce sont entre 15 % et 25 % de la population de l’Empire qui auraient été décimés par cette vague épidémique sans précédent. Fait étonnant, on a retrouvé deux mémoires d’un lettré chinois datés de 166, envoyé à l’empereur Huandi, de la dynastie des Han, lui demandant de pratiquer des rituels appropriés pour conjurer une violente épidémie ! Il est fort possible que ce soit le même mal qui atteint l’Empire chinois, au même moment, ce qui indiquerait une extraordinaire pandémie.
| Chapitre 7 - La trahison de Cassius |
Toutes les choses sont entrelacées les unes avec les autres, écrit Marc dans ses Pensées ; leur enchaînement est saint, et presque aucune n’est étrangère à l’autre, car elles ont été ordonnées ensemble et contribuent ensemble à l’ordonnance du même monde. Il n’y a, en effet, qu’un seul monde qui embrasse tout, qu’un seul Dieu répandu partout, qu’une seule substance, une seule loi, une seule raison commune à tous les êtres intelligents3
| Chapitre 8 - Inflexible face aux chrétiens |
La parenté entre stoïcisme et christianisme est flagrante sur de nombreux points : le monde est gouverné par la providence d’un Dieu bon ; tous les êtres humains sont égaux et possèdent la même nature divine ; importance de l’amour d’autrui et de la bienveillance ; acceptation de la mort, etc. À tel point que les théologiens chrétiens n’hésiteront pas à emprunter les principaux concepts philosophiques du stoïcisme ( logos, pneuma) pour élaborer la doctrine chrétienne.
| Chapitre 8 - Inflexible face aux chrétiens |
Et lorsqu’on fera remarquer à saint Augustin (qui exerce au début du Ve siècle une influence prépondérante dans le monde chrétien) que l’Église se comporte de la même manière que jadis les autorités romaines envers les chrétiens, il répond le plus sérieusement du monde : « Il y a une persécution juste, celle que font les Églises du Christ aux impies […]. L’Église persécute par amour et les impies par cruauté8. »
| Chapitre 9 - Une fin de vie douloureuse |
Il meurt le 17 mars 180 à presque cinquante-neuf ans, après un règne de dix-neuf années
| Chapitre 9 - Une fin de vie douloureuse |
écrit quelques textes à la fin des Pensées laissant entendre qu’il était lassé de vivre, entouré de personnes qui étaient fort éloignées des valeurs qui l’animaient
| Chapitre 9 - Une fin de vie douloureuse |
Comme l’écrit Pierre Hadot : « C’est le drame de la vie de Marc Aurèle : il aime les hommes et veut les aimer, mais il déteste ce qu’ils aiment. »
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
ce que fait Marc Aurèle à travers ses cahiers intimes : il cherche à réactualiser les points fondamentaux de la doctrine stoïcienne, à se les remémorer et à les reformuler selon sa propre compréhension et son vécu personnel. Ainsi, comme l’explique Pierre Hadot : « En écrivant ses Pensées, Marc Aurèle pratique donc des exercices spirituels stoïciens, c’est-à-dire qu’il utilise une technique, un procédé, l’écriture, pour s’influencer lui-même, pour transformer son discours intérieur par la méditation des dogmes et des règles de vie du stoïcisme
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d’isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi-même.
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
sans conteste Épictète qui est le plus présent dans les Pensées, non
seulement par le nombre de citations, mais surtout parce que Marc Aurèle prend constamment appui sur sa doctrine
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
Ne te suffit-il pas d’avoir agi selon ta nature, mais cherches-tu encore à en être payé14
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
rien ne sert de se plaindre lorsqu’une personne fait preuve envers nous d’ingratitude, car ce serait alors attendre qu’il nous doive quelque chose en échange du service que nous lui avons rendu. Or la doctrine stoïcienne enseigne à faire le bien pour lui-même, sans rien attendre en retour
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
un petit miracle que le texte des Pensées soit parvenu jusqu’à nous.
| Chapitre 1 - Le texte des pensées |
trois thèmes principaux qui résument l’enseignement d’Épictète, repris par Marc Aurèle : la discipline des désirs ( orexeis), la discipline du jugement sur les représentations ( phantasiai) et la discipline des impulsions vers l’action ( hormai
| Chapitre 2 - Vivre en philosophe |
Or vivre en philosophe, ce n’est pas connaître ni transmettre un enseignement théorique, c’est vivre conformément à la Raison universelle. C’est maîtriser son discours intérieur, c’est-à-dire se représenter les choses de manière juste. C’est accepter ce qui arrive et qui ne dépend pas de nous. C’est agir avec justice et bienveillance. C’est attendre la mort avec une âme sereine.
| Chapitre 2 - Vivre en philosophe |
trois disciplines du désir, du jugement et de l’action,
| Chapitre 2 - Vivre en philosophe |
L’idéal stoïcien du sage s’inscrit dans cette vision platonicienne, mais la précise : est sage celui qui ressemble aux dieux en voulant ce que veulent les dieux, donc en aimant son destin, en disant oui à la vie, en discernant le vrai du faux, en accordant parfaitement sa raison à la Raison universelle.
| Chapitre 2 - Vivre en philosophe |
l’autarkeia, l’autonomie, la capacité d’un individu à satisfaire ses propres besoins sans avoir recours à une aide extérieure. Être
| Chapitre 2 - Vivre en philosophe |
quand nous agissons mal, les dieux nous envoient des épreuves, non pas pour nous punir, mais pour nous rectifier. Cette idée est très similaire à celle du karma de l’Inde : il existe une loi de causalité universelle, sorte de justice immanente, qui fait que tout acte produit un effet et que nos actions négatives engendreront (dans cette vie ou dans une autre) des obstacles ou des souffrances, qui auront pour but de nous corriger, de nous faire grandir en conscience, afin que nous puissions changer notre comportement et évoluer spirituellement
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
Aux trois parties de la philosophie (physique, logique et éthique) correspondent les trois activités de l’âme (désir, jugement, action) et les disciplines qui les accompagnent
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
physique stoïcienne, il est éclairant de la comparer à celle de l’école épicurienne, dont elle est l’antinomie totale
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
Épicure fonde sa physique sur l’atomisme de Démocrite : tout l’univers, tous les corps sont constitués d’atomes assemblés par hasard. Il n’existe aucun sens cosmique, aucune Raison divine à l’origine de la création ou de l’assemblage de ces atomes. La nature n’est pas ordonnée par une intelligence supérieure
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
Les fondateurs de l’école stoïcienne proposent une vision radicalement différente : observant l’harmonie du cosmos et toutes les correspondances dans la nature, ils pensent que l’univers est un grand être vivant dans lequel tout est relié à tout. Ce
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
l’existence d’un Dieu immanent et omniprésent, une Raison universelle radicalement bonne (le Logos), qui a ordonné le cosmos, posé les lois de la nature, tissé la trame de la destinée de tous les êtres vivants et qui veille sur eux (la providence).
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
le Dieu de la Bible et du Coran se révèle aux humains à travers les prophètes et les fidèles qui croient en lui, par l’entremise de ses envoyés (Moïse, Jésus, Mohammed), à travers un acte de foi. Il n’en est rien pour les stoïciens : le Logos divin se découvre par la raison
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
« L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger », écrira Voltaire dans la droite ligne des stoïciens. Zénon, Cléanthe, Épictète ou Marc Aurèle ne « croient pas » en Dieu, ils affirment et déduisent son existence de l’observation de la nature.
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
l’opposé de la vision biblique, les stoïciens ne pensent pas que la matière a été créée ex nihilo : la matière était déjà là, mais de manière
informe.
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
la doctrine stoïcienne est d’essence moniste, à l’instar de la pensée hindoue : elle enseigne l’unité fondamentale de tout ce qui existe : Dieu, le cosmos, l’esprit, la matière
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
À l’instar de tous les penseurs grecs, les stoïciens sont également convaincus que, parmi les êtres vivants, seuls les humains possèdent une âme rationnelle (étincelle du Logos divin) qui leur permet de se relier à la Raison universelle,
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
Autrement dit, ma sensibilité, mes émotions, mon ego, peuvent mal réagir à un événement, qu’ils percevront comme désagréable ou douloureux, mais grâce à mon logos (mon âme rationnelle divine), je peux décider de ne pas être affecté par lui. Je peux, comme le dit l’expression populaire, « faire contre mauvaise fortune bon cœur ». Mais il ne s’agit pas seulement de supporter, de subir mon destin, en essayant de faire bonne figure pour moins souffrir, il s’agit de l’aimer, c’est-à-dire de considérer que ce qui peut apparaître comme un mal est voulu par le destin pour mon bien
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
Ainsi s’exhorte-t-il, face à une situation douloureuse, à élargir son regard, à considérer l’ensemble des causes et des phénomènes, à se rappeler sans cesse que tout est lié et qu’une existence individuelle est nécessairement tissée de choses agréables et d’événements douloureux, qui sont eux-mêmes inscrits dans un plan plus vaste, qui est bon pour l’ensemble de la nature
| Chapitre 3 - Aime ton destin |
La sagesse de Marc Aurèle aspire ainsi à l’ apatheia, l’absence de désir, condition nécessaire pour atteindre l’ ataraxia, l’absence de troubles. Mais cette suppression du désir n’est possible que par sa conversion en volonté :
| Chapitre 4 - La citadelle intérieure |
| Chapitre 4 - La citadelle intérieure |
Tel sera, des siècles plus tard, le postulat fondamental sur lequel s’appuiera Kant pour fonder sa morale lorsqu’il formulera ses deux impératifs catégoriques : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir, en même temps, qu’elle devienne une loi universelle » et « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée, par ta volonté, en loi universelle de la Nature22
| Chapitre 4 - La citadelle intérieure |
Combien les colères et les chagrins que nous éprouvons sont plus pénibles que les choses elles-mêmes à propos desquelles nous nous mettons en colère et nous nous indignons5
| Chapitre 4 - La citadelle intérieure |
Marc insiste aussi sur le fait que nous souffrons souvent davantage de nos réactions face à des événements du destin qui nous contrarient, et des émotions qu’elles engendrent, que de ces événements eux-mêmes
| Chapitre 4 - La citadelle intérieure |
Maintes fois je me suis étonné de ce que chaque homme, tout en s’aimant de préférence à tous, fasse pourtant moins de cas de son opinion sur lui-même que de celles que les autres ont de lui10. » Aussi s’applique-t-il à accueillir avec distance les jugements et les paroles des autres à son égard (que ce soient des louanges ou des critiques) afin de ne pas être influencé par eux :
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Aussi ne cesse-t-il de se rappeler que les actes et les paroles malveillants ne nuisent qu’à celui qui les commet et les profère (puisque le mal est seulement dans l’intention morale) : « Quelqu’un pèche-t-il ? Il pèche contre lui-même14.
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Partant de ce constat que nous possédons tous un logos individuel qui provient du Logos universel, Marc Aurèle et les stoïciens affirment que les humains sont faits les uns pour les autres : ils doivent apprendre à vivre ensemble, à s’entraider, à se soutenir, à se corriger, à s’exhorter à pratiquer le bien
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
tous les êtres humains sont les citoyens d’une même cité : le monde.
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Cette vision stoïcienne est en profond décalage avec la conception gréco-romaine qui établit une hiérarchie entre les humains : citoyen/esclave, Grec ou Romain/Barbare, homme/femme, etc
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Le stoïcisme a néanmoins apporté une vision humaniste universaliste qui a pu jouer un rôle historique non négligeable dans l’évolution de la conscience humaine, qui aboutira des siècles plus tard aux droits humains à l’époque moderne, car ils affirment que toutes ces inégalités ne reposent en rien sur des différences ontologiques
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
il n’en va pas de même pour les animaux, qui, selon la doctrine stoïcienne (comme pour toutes les autres écoles philosophiques de l’Antiquité), restent prisonniers de leurs représentations. L’animal est programmé pour réagir de manière déterminée face aux diverses situations qu’il peut rencontrer, tandis que l’être humain peut utiliser son principe directeur, son âme rationnelle, pour sortir de ce déterminisme et faire usage de son libre arbitre.
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
parce qu’il est doué de raison et possède une conscience morale, l’être humain doit se comporter avec bienveillance et respect envers tous les autres vivants :
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
« Envers les animaux sans raison […] uses-en comme un être doué de
raison vis-à-vis d’êtres qui en sont dépourvus, magnanimement et libéralement5. »
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Lorsque tu es offensé par une faute d’autrui, fais retour aussitôt sur toi-même et vois si tu n’as pas à ton actif quelque faute semblable […]. En t’appliquant à cela, tu auras tôt fait d’oublier ton ressentiment13.
| Chapitre 5 - Citoyens du monde |
Puisqu’il a été choisi par la Raison universelle pour diriger l’Empire, il se doit de faire passer cette responsabilité avant toute chose, et notamment avant son éthique ou ses sentiments personnels. Il peut donc y avoir dans l’exercice de sa fonction un conflit entre son « éthique de conviction » et son « éthique de responsabilité », pour reprendre la fameuse distinction établie par Max Weber.
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Dans son ouvrage Qu’est-ce que la philosophie antique ? , Pierre Hadot montre comment les écoles de sagesse de l’Antiquité vivaient la philosophie comme un art de vivre. Pour cela, elles proposaient à leurs élèves un certain nombre d’exercices pratiques ( askésis, meletê) destinés à opérer une transformation du moi. Pierre Hadot les qualifie d’« exercices spirituels ».
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Marc Aurèle s’invite, et nous invite, à faire certaines expériences de pensée qui favorisent une prise de conscience salutaire. J’en ai recensé au moins quatre :
– Prendre de la distance en regardant tout d’en haut ou en considérant le caractère infinitésimal de la vie.
– Se remémorer que tout se reproduit à l’identique (comment ne pas penser à l’Ecclésiaste !).
– Considérer les choses dans leur propre essence matérielle pour leur faire perdre leur aura.
– Imaginer le pire pour s’y préparer.
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Marc Aurèle propose de considérer l’immensité de la nature universelle, l’infinité de l’espace et du temps, afin de relativiser notre importance et celle de nos soucis
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
la conception stoïcienne du temps, qui n’est pas linéaire, mais cyclique : tout naît, se transforme, meurt et renaît à nouveau, tel le rythme des saisons
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
se faire toujours une définition et une description de l’objet dont l’image se présente à l’esprit, afin de le voir distinctement, tel qu’il est en sa propre essence, à nu, tout entier à travers tous ses aspects, et de se dire en soi-même le nom particulier qu’il a, et les noms des éléments dont il est composé et dans lesquelles il se résoudra8. » Ainsi s’exerce-t-il, lorsqu’il a envie d’un mets appétissant, comme de la viande ou du poisson, qui n’est pas bon pour sa santé fragile, à se le représenter sous la forme d’un cadavre : « Ceci est le cadavre d’un poisson ; cela est le cadavre d’un oiseau ou d’un porc9. » De même, lorsqu’il ressent une attirance sexuelle qu’il estime inappropriée, il s’exerce à regarder le corps comme « sang et
poussière, petits os, tissu léger de nerfs et entrelacements de veines et d’artères10 ».
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Marc Aurèle n’a aucun mépris du corps, dont il vante parfois la beauté et la vigueur, ni de la sexualité, comme cela était le cas pour de nombreux pères de l’Église de l’Antiquité. Il s’agit pour lui d’user de représentations positives ou négatives selon ses besoins
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
La philosophie, n’est-ce pas s’être préparé à tous les événements12 ? » interroge Épictète. La préparation mentale ( paraskeuê) consiste ainsi à s’imaginer ce qui peut nous arriver et à nous y préparer afin d’avoir la meilleure réaction possible si l’événement survient
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Si tu veux chasser toute inquiétude, considère que toutes tes craintes se réaliseront à coup sûr. Et quel que soit le malheur, prends-en l’exacte mesure et évalue ensuite ta crainte : tu comprendras certainement
que son objet est sans grande importance15
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Ce que les Anciens appelaient praemeditatio malorum, la méditation des maux futurs, ne consiste pas tant à s’imaginer de manière morbide tous les malheurs qui peuvent nous arriver qu’à les apprivoiser et à les relativiser, comme l’explique Sénèque
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Efface l’imagination. Arrête cette agitation de pantin18
| Chapitre 6 - Exercices spirituels |
Cette citation permet de comprendre l’usage que fait Marc Aurèle de ces maximes : lorsqu’il est troublé par un événement, le plus souvent par « la méchanceté des hommes » selon ses propres dire, il prend quelques instants pour se réfugier en lui-même et méditer une sentence adaptée à la situation afin de retrouver la paix intérieure et de vaquer à nouveau à ses occupations
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Marc Aurèle, qui, rappelons-le, écrit ses notes la nuit durant ses campagnes militaires menées aux confins de l’Empire, pense nécessairement beaucoup à la mort.
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
La mort, puisqu’elle est naturelle, n’est ni un bien, ni un mal : il convient de la considérer comme un « indifférent
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Ne méprise pas la mort, mais fais lui bon accueil, comme étant une des choses voulues par la nature
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Et, de la même façon que tu attends aujourd’hui l’instant où l’enfant qu’elle porte sortira du ventre de ta femme, tu dois semblablement attendre l’heure où ton âme se détachera de son enveloppe4
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
les stoïciens ne sont toutefois pas hostiles au suicide. Comme le rappelle André Comte-Sponville, chez les stoïciens « le suicide n’est ni toujours vertueux (il en est de lâches ou de pathologiques) ni toujours condamnable :
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Le seul passage des Pensées où Marc Aurèle évoque la possibilité du suicide est assez surprenant : tandis que la plupart des penseurs stoïciens enseignent que seul le sage a suffisamment de lucidité pour savoir à quel moment il est opportun de quitter cette vie, il considère quant à lui que l’incapacité à devenir sage peut au contraire constituer un bon motif pour se suicider :
« Qui donc t’empêche d’être bon et simple ? Tu n’as qu’à décider de ne plus vivre, si tu ne dois pas être un tel homme, car la raison n’exige pas que plus longtemps tu vives, si tu n’es pas un tel homme7
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Deux passages assez émouvants des Pensées nous livrent ses sentiments plus intimes et traduisent une certaine tristesse de Marc Aurèle envers les autres hommes qui ne partagent pas ses hautes valeurs morales, ce qui lui rendra plus facile de quitter cette vie.
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
autant Marc Aurèle ne semble pas s’attrister de sa propre mort, autant ce qui l’a le plus attristé dans son existence, c’est le décès de ses parents et amis :
| Chapitre 7 - Ne pas craindre la mort |
Il l’a pleinement accepté parce que leur départ était conforme à la nature, mais cela n’a pas amoindri le chagrin qu’il a pu ressentir et dont témoigne sa correspondance. Ne pensons donc pas que les philosophes stoïciens ne ressentent aucun sentiment ou attachement envers leurs proches. Ils les pleurent comme tout un chacun lorsqu’ils décèdent, mais ils ne se révoltent jamais contre Dieu ou contre le destin, même lorsque ces morts sont précoces : ils l’acceptent comme faisant naturellement partie de la vie
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
La religion romaine est davantage une orthopraxie qu’une orthodoxie : il s’agit de pratiquer des rituels plus que de croire en des dogmes
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
Dans la droite ligne du stoïcisme, Marc considère en effet que les dieux – ou Dieu (je reviendrai plus loin sur cette ambiguïté) – sont parfaits et qu’il convient de les imiter.
La véritable piété consiste davantage à s’assimiler à eux qu’à les craindre ou les honorer.
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
en dehors du culte officiel de la cité, il ne les prie pas pour leur demander telle ou telle faveur, mais pour qu’ils l’aident à bien agir, à transformer son regard, à bien discerner, à accepter et à aimer son destin.
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
À l’inverse des monothéismes qui sont dualistes – même s’il a créé le monde, Dieu est radicalement distinct de lui –, le stoïcisme professe l’unité fondamentale de tout ce qui existe : matière, esprit, nature, êtres vivants. Il s’agit donc d’une philosophie de type moniste, comme plus tard celle de Spinoza, qui s’en inspirera : Dieu, c’est la Nature.
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
la pensée stoïcienne n’est pas pour autant incompatible avec les croyances et les cultes polythéistes du monde antique
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
les stoïciens considèrent Dieu comme un être unique et peuvent le prier à la manière des fidèles monothéistes. En
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
ils considèrent qu’il se diffuse dans la nature et prend mille formes que l’on peut assimiler aux dieux et déesses de la mythologie
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
Ainsi les hindous, à l’image des stoïciens, croient-ils en un Dieu unique impersonnel et organisateur du monde, dont on ne peut rien dire : le Brahman. Mais ils croient que ce dernier se manifeste dans le monde à travers une multitude de formes, les innombrables dieux et déesses auxquels on rend un culte : Shiva, Vishnou, Ganesh, Kali, etc. Ces
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
le principe directeur de son âme : le daimôn.
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
Le daimôn signifie ainsi pour les Grecs le principe divin qui est en nous, une sorte de « génie » que Dieu a placé en l’être humain pour le guider, une voix intérieure, comme l’affirmait Socrate à propos de son propre daimôn
| Chapitre 8 - « Marche sur les traces de Dieu » |
le daimôn (traduit ici par génie) peut donc être identifié au logos individuel, cette parcelle divine qui scintille en tout être humain, siège de son âme rationnelle, de son principe directeur :
| Chapitre 9 - Le vrai bonheur |
Cela m’évoque le différend entre Freud et Jung à propos de la foi religieuse : tandis que Freud la considère avant tout comme adhésion à une croyance (erronée), Jung lui objecte qu’elle est pour de nombreux fidèles avant tout le fruit d’une expérience intérieure : celle du numineux, le sacré qui bouleverse l’âme et la conduit à adhérer à des forces invisibles. La foi est alors le fruit d’une expérience affective profonde et non d’une adhésion froide à des dogmes extérieurs
| Chapitre 9 - Le vrai bonheur |
Ensuite, le bonheur dont il parle dans les Pensées est donc le fruit d’une discipline philosophique, d’un travail sur soi, d’un discernement et d’une vigilance constantes. Il se manifeste parfois sous la forme de la joie, mais plus souvent encore il s’incarne dans le sentiment de sérénité, d’absence de trouble (ataraxie) auquel aspirent les stoïciens
| Chapitre 9 - Le vrai bonheur |
Souviens-toi d’ailleurs, en tout événement qui te porte au chagrin, d’user de ce principe : Ceci n’est pas un revers, mais c’est un bonheur que de noblement le supporter8
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Bref, nous sommes responsables de notre bonheur ou de notre malheur. Cette idée est totalement à contre-courant de certaines conceptions contemporaines du bonheur qui mettent en avant la chance, la génétique, les
événements extérieurs et qui soulignent le caractère très précaire du bonheur
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Sa statue équestre, qui trône sur la place du Capitole à Rome, a traversé les millénaires et est aujourd’hui représentée sur certaines de nos pièces de 50 centimes, ce qui n’est le cas d’aucun autre empereur romain.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Les philosophes des Lumières s’emparent de ce petit texte et louent la figure de ce « prince philosophe » déiste et qui prône une morale suivant la raison. Ce qui frappe aussi les esprits, c’est la parenté entre l’exemplarité morale de Marc Aurèle et l’idéal évangélique
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
. Ernest Renan, l’un des grands intellectuels français du XIXe siècle, compare Jésus et Marc Aurèle et fait de ce dernier une sorte de saint laïque à la pensée encore plus universelle et intemporelle que celle du Christ
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
de nombreux penseurs ont émis diverses réserves à propos du stoïcisme et celles-ci ont été reprises par la plupart des philosophes français contemporains, comme André Comte-Sponville, Michel Onfray ou Luc Ferry : un idéal trop élevé qui peut être écrasant ; une éthique de la volonté et de l’acceptation parfois inhumaine ; un providentialisme qui peut inhiber le désir de transformer et d’améliorer le monde ; une philosophie qui promeut l’individualisme.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Tendre vers la sagesse
– ou pour les croyants vers la sainteté – ne signifie pas que nous devons absolument devenir sage ou saint au plus vite. Il s’agit de la quête de toute une vie, qui implique de nombreuses chutes et qui restera un horizon sans doute jamais atteignable. Saint
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Les stoïciens affirment au contraire que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir, d’abord pour nous améliorer moralement, ensuite pour obtenir des
« indifférents préférables » si cela nous est possible (la santé, la richesse, la reconnaissance sociale). Je dirais qu’à notre époque, nous inverserions l’ordre des priorités : il nous semble indispensable pour notre épanouissement d’être en bonne santé, d’avoir un minimum de sécurité matérielle et de reconnaissance sociale.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
La seconde grande critique concerne la volonté. Comme je l’ai expliqué, la doctrine stoïcienne convertit le désir en volonté : je ne cherche plus à
adapter le monde à mes désirs, mais à désirer l’ordre du monde que je ne peux changer.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
Les stoïciens répondraient, et je l’ai déjà évoqué ici, que l’attachement à un être cher permet de le pleurer tout en acceptant son décès, qui est dans l’ordre naturel des choses. Marc
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
lui reprocher de développer une attitude fataliste qui ne cherche pas à améliorer celui-ci (puisqu’il est parfait tel qu’il est) mais seulement la morale et la vie intérieure des individus.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
tout dans notre monde est interdépendant ; on peut être heureux avec peu de choses ; la liberté est avant tout intérieure ; ce sont les jugements que nous portons sur les choses qui nous rendent le plus souvent heureux ou
malheureux ; il nous faut apprendre à accompagner le mouvement permanent de la vie plutôt qu’à lui résister ; concentrons notre attention sur l’instant présent ; l’amour et le pardon valent mieux que la haine et le ressentiment ; le souci du bonheur individuel doit toujours être relié au souci du bien commun.
| Épilogue - Grandeur et limites du stoïcisme |
chercheur Serge-Christophe Kolm dans une thèse monumentale, établir un parallèle étonnant entre le bouddhisme et le stoïcisme8
| Post-scriptum |
- Serge-Christophe Kolm, Le bonheur-liberté, PUF, 1994.
| Remerciements |