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| Chapitre premier. Chang’an |
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Il n’y a pas, dans la Chine ancienne, de liberté plus grande en ville qu’à la campagne, c’est même le contraire. En Occident, les villes ont tôt joui d’un certain nombre de privilèges qui protègent les bourgeois à la fois des exactions des seigneurs et des excès du pouvoir royal. Il n’en va pas ainsi dans l’Empire du Milieu, où la population citadine se trouve, dans le cas des villes de province, plus près des fonctionnaires représentant le pouvoir central, et dans celui de la capitale, dangereusement exposée à la proximité du Prince.
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| Chapitre premier. Chang’an |
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L’idéal de tout jeune Chinois éduqué est d’être un membre actif de ce grand corps, de ce vaste organisme qu’est l’appareil d’État, irriguant, soutenant, dirigeant, éduquant la société tout entière. Le plus enviable, dans cet État si fortement centralisé qu’est la Chine des années 620-750 et dont le modèle a persisté jusqu’à nos jours, est bien de faire carrière « à la lumière du soleil », ce qui se dit aussi « non loin de la Voie Lactée », c’est-à-dire le plus près possible de la personne de l’Empereur.
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| Chapitre premier. Chang’an |
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un mandarin n’occupe pas nécessairement une fonction. Il existe en effet des titres, acquis par examen (nous continuerons désormais d’employer ce mot consacré par la tradition, en gardant bien à l’esprit qu’il signifie « concours »), il existe des titres donc, qui, tout en donnant accès et grade dans le corps mandarinal, ne sont pas assortis d’une fonction. Ces titres et grades sont honorifiques, ils assurent simplement une certaine place lors des cérémonies rituelles qui se déroulent dans les lieux officiels, temples ou palais. En tant que tels, ils constituent déjà une position socialement enviable.
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| Chapitre premier. Chang’an |
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la réussite aux examens prestigieux du Doctorat n’assure pas l’accès à une fonction, mais simplement le droit de s’en voir conférer une.
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| Chapitre premier. Chang’an |
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Il n’y a pas, en Chine, de « prestige de l’uniforme ». C’est même plutôt le contraire, et les examens militaires sont moins bien considérés que les examens civils.
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| Chapitre deuxième. La Résidence Wang |
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L’imprimerie a toutefois été inventée en Chine bien des siècles avant Gutenberg. Ce dernier, instruit par les relations des missionnaires revenus de la Chine, n’a fait que réussir à en reproduire le principe en Europe, à une époque où elle était largement répandue en Chine.
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| Chapitre deuxième. La Résidence Wang |
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Rappelons que l’appellation « confucianisme » est une invention occidentale. Les Chinois désignent sous le nom général d’École des Lettrés ce que nous avons cru devoir rattacher à l’étiquette d’un nom propre. Il n’existe pour les Chinois pas plus de « doctrine confucéenne » que de « doctrine taoïste ». Les Chinois sont beaucoup plus préoccupés du mouvement de toutes choses, y compris les choses de la pensée, que d’enfermer les idées dans des tiroirs clos.
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| Chapitre quatrième. Un maître |
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. Mieux vaut savoir par avance que les bouleversements qui nous assaillent font partie d’un ensemble plus vaste au sein duquel règne un équilibre. La rupture de cet équilibre ne peut jamais être qu’apparente et de courte durée, même si à notre échelle cette durée nous semble longue, car le monde est ainsi fait que l’ordre s’y rétablit en fin de compte toujours.
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| Chapitre quatrième. Un maître |
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le Bouddhisme, à dire vrai, est bien éloigné de nos convictions les mieux établies. Ne prétend-il pas qu’il convient de se faire moine, et pour cela d’abandonner ses parents et ne pas faire d’enfant ? N’enseigne-t-il pas que ce monde, tout ce que nous tentons d’y construire et d’y faire perdurer, que tout cela n’est que mensonge et
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| Chapitre quatrième. Un maître |
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illusion ? Mais pour mieux nous faire admettre l’inadmissible, il s’empare de nos mots, de nos raisonnements, de nos habitudes.
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| Chapitre quatrième. Un maître |
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Xunzi nous enseigne que l’étude doit se poursuivre jusqu’à la mort, qui seule y peut mettre fin12. Vois le meilleur des couteaux. Coupera-t-il toujours aussi bien si on ne l’aiguise pas régulièrement ? Pourra-t-on jouer du qin13 le plus mélodieux si l’on ne l’accorde pas chaque fois avant de s’en servir ? Eh bien, il en va de même pour chacun d’entre nous. Il faut nous aiguiser, nous accorder, nous ajuster sans cesse, sous peine de perdre l’acuité et la droiture de notre pensée. Notre intelligence se rouille comme nos muscles si nous ne l’exerçons pas.
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| Chapitre sixième. La cible n’est pas tout |
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le tir à l’arc est en Chine et dans tout l’Extrême-Orient ce qu’il a parfois été en Occident, c’est-à-dire une discipline destinée à être la manifestation physique d’une rectitude morale. L’arc certes est au départ une arme, mais sa connotation militaire est reléguée ici au second rang. Il y a deux raisons principales à cela. La première réside évidemment dans la symbolique : le milieu de la cible représente le Milieu sur lequel il s’agit de régler sa vie, celui qui donne son titre à un ouvrage classique intitulé L’Invariable Milieu. La seconde raison du relatif effacement de la dimension militaire du tir à l’arc est que le civil a toujours eu en Chine le pas sur le militaire, même s’ils sont regardés comme complémentaires pour l’exercice du gouvernement. C’est ainsi qu’en temps de paix et à rang égal dans la hiérarchie, un fonctionnaire civil passera avant un militaire. L’aspect militaire du tir à l’arc s’est donc, en l’occurrence, incliné devant sa représentativité rituelle.
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| Chapitre sixième. La cible n’est pas tout |
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Il fait partie depuis l’Antiquité des six disciplines fondamentales de l’éducation, les « six arts » (liu yi), qui sont la musique, la poésie, la calligraphie, le calcul, la conduite du char et le tir à l’arc.
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| Chapitre sixième. La cible n’est pas tout |
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ne pas nous lamenter des coups manqués et à ne pas nous réjouir des coups réussis. Il n’est pas facile de prendre cette distance, d’autant plus qu’il est nécessaire d’avoir toujours à l’esprit ce qui ne se voit pas, alors qu’on a sous les yeux l’arc, la flèche et la cible. Celui qui tire doit imaginer qu’il n’est pas en train de viser une cible, mais de se redresser, de se rectifier soi-même, de rechercher une position correcte autrement que par le seul moyen du corps. C’est ce qui nous permet de ne pas perdre de vue la Voie du Milieu.
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| Chapitre huitième. Le maître et le monde |
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